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Une nouvelle porte vient de se fermer. Cette fois je n'en ressortirais pas, du moins pas vivante. Comment ai-je pu me laisser ainsi enfermer ? Quand et où mon attention s'est-elle laissée surprendre ? A quel moment cela a-t-il commencé ? Mieux vaut s'asseoir, la réflexion risque d'être longue.

Voyons, cela a commencé lorsque j'ai essayé d'ouvrir la première porte, celle qui me séparait d'eux. J'entendais leurs voix, leurs rires. Mais c'était peine perdue, je ne comprenais pas leur langage ; je ne savais pas ce qui provoquait leurs rires. D'ailleurs, ils ne me voyaient pas. C'était comme si je n’existais pas. Alors j'ai regagné ma chambre et j'ai refermé la porte. Ce monde n'était pas fait pour moi.

Plus tard, peut être. Beaucoup plus tard...

En fait, je crois que les portes ne se refermaient pas sur moi mais me laissaient de l'autre côté, à l'extérieur. Petite fille qui n'osait pas entrer, se sentait oubliée, exclue, transparente peut-être. Mais aussi, petite fille qui ne se sentait pas prête à passer de l'autre côté avec les autres. Par peur sans doute d'être absorbée par eux, amalgamée à eux. Refus de leur ressembler ? Peur de perdre son identité, sa liberté. Peur de perdre le droit de rêver ?

 

De la grosse porte en fer à l'élégante porte en chêne, chacune cache une part de mystère.

La porte la plus solide n'est-elle pas note corps ? Comment s'échapper de cette enveloppe charnelle ? De temps en temps, on peut tenter une échappée, par la pensée, mais cela ne nous mène pas très loin. D'accord ou pas, la vie se charge bien vite de nous faire réintégrer le bercail. Nous restons prisonniers de cette enveloppe de chair qu'un jour nous avons voulu revêtir.

 

Peau d'âne ! Ah ! Si comme elle je pouvais l'espace d'un instant, quitter ma peau. Juste de temps en temps, histoire de respirer, de m'alléger un peu.

Et l'âme, que dire de l'âme ? Qu'en connaît-on exactement ? Je ne sais qu'une chose, c'est qu'à l'instant de notre mort, nous devons la rendre. Je ne sais pas encore à qui. Peut-être à César, mais cela m'étonnerait, il ne s'agit pas de la même histoire. D'ailleurs, qu'importe, je l'apprendrai toujours assez tôt. A moins qu'en tant que femme je n'en sois dépourvue ?

Il y a tant de choses que nous supposons, que nous subodorons, tant d'hypothèses, d'allégations.

 

Tenez, en cet instant, est-ce bien moi qui écrit, n'est-ce pas plutôt quelque entité venue d'un autre monde qui dicte les phrases et me souffle les mots ? Bien sûr, je vous fais marcher. Je suis seule, installée à mon bureau, c'est 11 heures ou un petit peu plus...Je ne viens pas de la planète "Umo", quoique...ça ne m'aurait pas déplu. Mais je ne suis pas assez savante pourquoi m'auraient-ils envoyée ? Dans quel but ? Moi qui me heurte à toutes ces portes. Oh ! Bien sûr on aurait pu me confier certaines clés. Mais j'aime tant les mystères ! Je préfère imaginer ce qu'il y a de l'autre côté, le raconter, l'inventer au fur et à mesure.

 

M'évader par chaque pore. M'évanouir à chaque souffle, me sentir légère, légère...en état d'apesanteur. M'ouvrir davantage. Déplier mes ailes, me laisser porter par le vent, dériver.

 

Finis mes labyrinthes, plus d'escaliers, de corridors, plus de caves, de gouffres. Finies les portes fermées, verrouillées. Le voyage a commencé. Sans plan, sans préméditation, sans but. Me laisser porter par le vent sur les ailes de mes songes. Dériver, jusqu'à disparaître. Me fondre totalement dans l'infiniment grand. Le ciel, la Terre et moi entre les deux.

 

Plus de portes. Je ne suis plus qu'un passage, une ouverture se confondant avec le tout.

 

Je viens enfin de comprendre que la plus verrouillée de toutes les portes est celle que je retenais bien fermée sur moi-même, sur mon coeur, sur mon âme.

 

Parfois, à certaines occasions très privilégiées, je l'ai très légèrement entrouverte, juste l'espace d'un instant. L'ultime porte s'ouvrira peut-être sur un vaste jardin enchanteur, sur un espace infini.