Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La colère (avec très peu de ponctuation)

La colère quand elle arrive monte à la gorge, m’envahit. Mais aujourd’hui je sais la reconnaître et cette force qui ne demande qu’à sortir  je l’utilise pour frotter les faïences ou toute autre surface qui n’attend que ça pour briller et me donner satisfaction. Mais aussi pour   me faire oublier cette colère venue des fin fonds des premières déceptions ou des premières contrariétés d’une enfant bien calme et sage, très policée à force de recommandations, de redites, d’appels à de bons sentiments. « Si tu te tais le paradis te seras acquis » ou « sois belle et tais toi » ou un tas de sornettes de ce genre qui gâchent le moment présent si important. « Tu as une belle voix si douce mais surtout ne t’en sers pas », « tu es contrariée ? Oublie mets ta langue dans ta poche et ton mouchoir par-dessus ». Mais quand la poche est pleine que se passe t’il ?

 

La colère (avec une ponctuation très présente)

La colère enfle en moi, elle gronde, elle m’envahit, elle va m’étouffer, je la reconnais, elle vient du plus profond de mes tripes, de mon enfance. Elle tire une longue ficelle dont chaque nœud est une frustration, une déception, un renoncement, un abandon. Un mot cinglant a déclenché l’alarme lorsque la colère a tiré sur la chaîne. J’observe cette colère, je la canalise, j’utilise sa formidable énergie pour frotter les faïences de la cuisine, ou toute autre surface qui ne demande qu’à briller comme pour refléter ma satisfaction : j’ai réussi mon domptage. La colère, on finit par l’apprivoiser. On s’habitue, on se mure, on s’enferme, on se construit une cage bien dorée et on finit par en jeter la clé. Plus tard, plus apaisé on l’observe, on la transcende, on sait qu’elle ne fait que passer, qu’elle ne s’attarde jamais.

Puis on voit arriver la colère de l’autre sans savoir exactement ce qui l’a déclenchée. On observe, on se fait des idées. Qu’elle mouche l’a piqué ? Tient c’est ça piquer une colère. Les mots, toujours les mêmes comme une sempiternelle litanie. Trop de mots, trop durs. Puis la colère passe. Le calme se fait. Tout semble rentrer dans l’ordre. Le soleil revient. Les câlins aussi. Juste une fine pluie pour laver les dernières rancoeurs. L’âge apaise t’il ces ires d’un autre temps ?

 

La colère (avec beaucoup de ponctuation)

La colère, avec l’âge, on finit par la reconnaître. Gorge serrée, poing qui se ferme. Rouge qui monte aux joues. Vite, la laisser sortir, avant qu’elle ne m’étouffe. L’observer, la transcender, la canaliser. Frotter les faïences, ou toute autre surface. Tout brille. La satisfaction peu à peu remplace la colère. Colère venue des fins fonds de mes premières frustrations. Déceptions d’enfant calme, d’enfant sage. Dire ses secrets aux parents : pas le lieu, pas le moment. L’enfant reste dans son monde. L’imagination tient lieu de compagnon. On s’habitue. On se mure. On se protège, on s’enferme. On écoute. On observe. On se fait des idées. On y croit. On se trompe parfois. On s’invente un monde plus beau. Plus acceptable. Un autre monde.

La colère ne s’attarde pas. Elle passe. Sans laisser de trace. Elle n’a pas d’existence réelle.  Elle peut faire du tort à ceux qui l’écoute et lui donne de l’importance. Que de dégâts commis sous son emprise.

 

 

La 1ère version est plus écrite, moins spontanée.

Dans la 2ème version, la colère est palpable. Plus forte.

La 3ème version est forte mais la première phrase donne le ton,  la rend plus policée, met une distance. Elle semble maîtrisée.

Tag(s) : #ECRITS en ATELIER